Entre les gens, entre le vieux et le nouveau monde, tous déambulent sans même peut-être la moindre idée qu’il y a bel et bien un monde. Les fictions qui les environnent les ont éblouis, et ils marchent au hasard. Qu’un aveugle guide un autre aveugle, ils tomberont dans un trou. Comme Pythagore tomba dans un puits, sous les sarcasmes des jeunes filles, trop occupé qu’il était à contempler les astres. Entre les astres, dans l’infinité vague de leur isolement, trop réservés, sidérés par le quotidien quadrillé de ces rues, demeure vide, ils circulent dans l’artifice insensé de ce qu’ils nomment leur « nature ». Leur insouciance les précipite, mais dans cette course inexorable, ils ne se rencontrent pas, se croisent sans s’apercevoir, sans percevoir ces autres qui n’éveillent plus leurs sens, n’osant s’avouer qu’ils n’y voient plus, qu’il leur faudrait sans doute – un chien d’aveugle.
Texte de Gaëtan Didelot

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